L’autre Rimbaud

La photo est célèbre. C’est un premier communiant, cheveux sagement ramenés sur le côté, regard qui défie l’objectif. Il s’appelle Arthur Rimbaud. Mais sur le cliché d’origine posait aussi son frère aîné, Frédéric. Cet autre Rimbaud a été volontairement supprimé de l’image, comme il fut oublié par la plupart des biographes. Pourtant, les deux frères furent d’abord fusionnels, compagnons d’ennui dans leurs Ardennes natales.
Puis leurs chemins se séparèrent. L’un a été élevé au rang de génie, tandis que l’autre, conducteur de calèche, fut banni par sa famille.

En quoi était-il si gênant ce frère ? Pourquoi sa famille s’est acharnée à le faire disparaître de l’histoire ? L’auteur cherche les rares traces de sa vie et reconstitue  avec empathie le parcours de cet homme. C’est un roman touchant et sensible.

Publié dans Littérature | Laisser un commentaire

Entre fauves

Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique.
Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

Colin Niel quitte la Guyane pour les Pyrénées et la Namibie. Il met tout son talent au service d’une histoire passionnante dont on sent qu’elle le touche. Chasseurs, tartufes de l’écologie, tout le monde en prend pour son grade dans un récit haletant et engagé.

Publié dans Policier | Laisser un commentaire

Retour à Martha’s Vineyard

Été 1971 : Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac de la côte Est, diplôme en poche, passent un dernier week-end ensemble à Martha’s Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, la quatrième mousquetaire, l’amie dont ils sont tous les trois fous amoureux.
Septembre 2015. Lincoln s’apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l’île. A bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le « beau gosse » devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d’angoisse, et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley.
Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après leur week-end de 1971. Qu’est-il advenu d’elle ? Qui était-elle réellement ? Lequel d’entre eux avait sa préférence ? Les trois sexagénaires rouvrent l’enquête qui n’avait pas abouti et ne peuvent s’empêcher de se demander si tout n’était pas joué d’avance.

Coup de cœur : j’adore retrouver Richard Russo et je ne suis jamais déçue. Sa prose limpide, ses personnages attachants, un peu paumés et pleins d’autodérision, sa nostalgie à peine teintée d’ironie. Et quel humour ! À la croisée de John Irving et de Jean-Paul Dubois. Comme ce dernier il a le don de décrire des moment tristes avec une élégance et un humour irrésistibles.

Publié dans Littérature | Laisser un commentaire

Héritage

La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines.
C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation. Dans cette fresque éblouissante qui se déploie des deux côtés de l’Atlantique, Miguel Bonnefoy brosse le portrait d’une lignée de déracinés, dont les terribles dilemmes, habités par les blessures de la grande Histoire, révèlent la profonde humanité.

Troisième roman, et troisième coup de de cœur notre part ! À nouveau,  Miguel Bonnefoy, conteur charmant et prolixe nous séduit par sa prose enchantée. Il a l’art de camper un décor en quelques mots précieux et choisis et de nous immerger dans ces terres Sud américaines qu’il affectionne.  Laissez-vous embarquer …

Nous vous recommandons également, disponibles en poche : « Le voyage d’Octavio » et « Sucre noir ».

Publié dans Littérature | Laisser un commentaire

Tenir jusqu’à l’aube

Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. A quelques mètres de l’appartement d’abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d’un semblant de légèreté.
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore ?

Coup de cœur :
Avec une grande justesse et beaucoup de sensibilité, Carole Fives nous raconte un huis clos familial, âpre et fragile. Sans emphase, son écriture affûtée installe une tension maîtrisée, tire sur la corde et tisse un beau roman social et féministe.
Une autrice à découvrir.

Publié dans Littérature | Laisser un commentaire

A la ligne – Feuillets d’usine

« Au fil des heures et des jours le besoin d’écrire s’incruste tenace comme une arête dans la gorge. Non le glauque de l’usine. Mais sa paradoxale beauté ». Ouvrier intérimaire après des études et un début de carrière d’éducateur, Joseph embauche jour après jour dans les usines de poissons et les abattoirs bretons. Le bruit, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps s’accumulent inéluctablement comme le travail à la ligne.
Ce qui le sauve, ce sont l’amour et les souvenirs de son autre vie, baignée de culture et de littérature.

Par la magie d’une écriture déliée de toute contrainte, coléreuse, fraternelle, sans oublier l’humour, l’existence ouvrière devient alors une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœuf et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Publié dans Littérature | Laisser un commentaire

Né d’aucune femme

Résumé :
« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. – Et alors, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je. – Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. – De quoi parlez-vous ? – Les cahiers… Ceux de Rose. » Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.
Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Avec ce roman sensible et poignant, il confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Coup de cœur :
Un roman noir, beau et cruel ; un conte âpre et déchirant qui fouille l’âme humaine pour en extraire toute la bassesse, mais aussi toute la beauté et la grâce.  Découvrez Rose, une jeune héroïne magnifique, lumineuse et follement résiliente. Par son histoire elle nous offre une ode à la force des mots. Ce texte est profondément romanesque, envoutant et sublimement construit. Franck Bouysse est un styliste rare !

Publié dans Littérature | Laisser un commentaire

Ceux que je suis

Cette nuit, Papa est mort. Des années, il a trimé. Sans vacances. Sans dimanches. Il n’avait pas soixante ans. Mais pourquoi donc Tarek, garagiste à Clichy depuis longtemps exilé en France, tenait-il à être enterré là-bas… à Casablanca ? Un pays, des racines, dont il n’a jamais ou très peu parlé à ses fils. Prof d’histoire-géo, parfaitement intégré, Marwan ne comprend pas. C’est pourtant lui qu’on a choisi pour accompagner le cercueil au bled.
Double-culture, non-dits et secrets de famille : c’est tout un pan de sa propre histoire que Marwan s’apprête à découvrir, sous les orangers. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.

« Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études ».

« Ceux que je suis » est un roman d’une délicatesse et d’une justesse étonnants. Une écriture fluide au service d’une très belle histoire.

Publié dans Littérature | Laisser un commentaire