La cité des marges

Résumé :

Brooklyn, années 1990. Donnie Parascandolo, flic brutal et corrompu, rend des services à un truand local avec deux comparses. Décidé à donner une petite leçon à un joueur minable, il outrepasse quelque peu ses instructions et jette l’homme d’un pont. Malheureusement, le joueur minable ne savait pas nager. Ce qui n’empêchera jamais Donnie de dormir. Il sait bien que dans ce quartier les Italiens règlent leurs affaires entre eux, et que lui n’a rien à craindre de personne.
Mais quelques années plus tard, un gamin que Donnie avait tabassé découvre une vérité qu’il n’avait jamais imaginée et prend une décision qui va changer sa vie. Et pas seulement la sienne, tant les destinées des habitants de ce quartier s’entremêlent de toutes les manières possibles.

Coup de cœur :

« La cité des marges » est un roman choral plein d’humanité. Puissante et d’une justesse implacable, la plume de William Boyle nous embarque dans une fresque de personnages dont les destins se lient au grès des pages. Entre flics pourris, jeunesse désabusée, écrivain raté et quinqua déprimée, plongez dans les entrailles d’un Brooklyn désenchanté mais pourtant rempli d’espoir.

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Je ne reverrai plus le monde – Textes de prison

Ces dix-neuf textes sont écrits du fond d’une geôle. Poignants et remarquablement maîtrisés, ces aller-retours entre réflexions et sensations expriment le quotidien morne du prisonnier, écartelé entre le bilan de sa vie et de ses actions, et le vide glacial d’un avenir absent. Mais petit à petit le courage lui revient, et malgré des conditions désespérantes il se remet à écrire. Un livre de résistance exemplaire.

Coup de cœur : le journaliste et écrivain turc Ahmet Altan confronté à l’arbitraire de son incarcération, à l’angoisse de ne plus revoir les siens, livre des textes d’une beauté et d’une profondeur renversantes.

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The Bone Season Tome 1

Résumé :

Dans un monde totalitaire et dangereux, une rêveuse va démarrer une révolution. La saga évènement par Samantha Shannon, autrice du Prieuré de l’Oranger. 2059. Paige travaille pour une organisation criminelle souterraine dans les rues de Scion-Londres, où elle récolte des informations en pénétrant dans l’esprit des gens. Car Paige est une marcherêve, une clairvoyante, et selon les règles de Scion, son existence même est déjà une trahison.
Poursuivie puis arrêtée, elle est déportée vers une colonie pénitentiaire sur l’ancien territoire d’Oxford secrètement occupé par les réphaïm, une race venue d’un autre monde qui récolte et utilise les clairvoyants à ses propres fins. Paige se retrouve assignée au mystérieux gouverneur Arcturus. Celui-ci devient son maître. Son formateur. Son ennemi naturel. A ses côtés, elle va devoir apprendre à développer son pouvoir pour servir ses ravisseurs, mais surtout pour s’échapper de ce sinistre endroit où elle semble promise à une mort certaine…

Coup de cœur :

Samantha Shannon signe un nouveau coup de maître ! Après « Le prieuré de l’Oranger« , nous voilà de nouveau plongé dans un univers original, dense et très bien construit qui nous offre une dystopie accès sur la voyance ainsi que sur des envahisseurs venus d’un autre monde. Grâce à des personnages attachants et un suspense intense, l’auteure attise notre curiosité dès les premières pages.

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Enfant de salaud

Résumé :
Depuis l’enfance, une question torture le narrateur : – Qu’as-tu fait sous l’occupation ? Mais il n’a jamais osé la poser à son père. Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté : « Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud !  » En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord.
Trois ans de la vie d’un  » collabo  » , racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation. Le narrateur croyait tomber sur la piteuse histoire d’un  » Lacombe Lucien  » mais il se retrouve face à l’épopée d’un Zelig. L’aventure rocambolesque d’un gamin de 18 ans, sans instruction ni conviction, menteur, faussaire et manipulateur, qui a traversé la guerre comme on joue au petit soldat.
Un sale gosse, inconscient du danger, qui a porté cinq uniformes en quatre ans. Quatre fois déserteur de quatre armées différentes. Traître un jour, portant le brassard à croix gammée, puis patriote le lendemain, arborant fièrement la croix de Lorraine. En décembre 1944, recherché par tous les camps, il a continué de berner la terre entière. Mais aussi son propre fils, devenu journaliste. Lorsque Klaus Barbie entre dans le box, ce fils est assis dans les rangs de la presse et son père, attentif au milieu du public.
Ce n’est pas un procès qui vient de s’ouvrir, mais deux. Barbie va devoir répondre de ses crimes. Le père va devoir s’expliquer sur ses mensonges. Ce roman raconte ces guerres en parallèle. L’une rapportée par le journaliste, l’autre débusquée par l’enfant de salaud.

Coup de cœur :
Sorj Chalandon entremêle la petite et la grande histoire et se lance à la poursuite d’une vérité qui ne cesse de se dérober. Un voyage vertigineux dans la vie de son père, homme trouble, hâbleur,  menteur, tricheur, colérique, violent…
Un texte terrible et nécessaire, habité, riche de sens et de questions, qu’on ne lâche pas du premier au dernier mot.

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Le K ne se prononce pas

Recueil de nouvelles. Une fillette à l’école prononce obstinément le k muet du mot knife. Un ancien boxeur se convertit en pédicure. Une femme rêve de téléromans en plumant des poulets. Un père emballe des meubles destinés à des maisons qu’il n’habitera jamais. Le K ne se prononce pas accueille les utopies, échecs, amours et petits actes de résistance de personnages qui tentent de trouver leurs repères en Amérique, loin de chez eux. Leur point commun est leur pays d’origine, le Laos.
On y croise des enfants bienveillants, des hommes blessés et des femmes fébriles. Ils désirent vivre. Et dans ces récits, ils vivent brillamment. Férocement.

Née dans un camp de réfugiés laotiens  en Thaïlande, et élevée à Toronto, Souvankham Thammavongsa a été saluée par la critique pour ses quatre livres de poésie et a gagné le prix Giller pour ces nouvelles.

Coup de cœur : l’art exigeant de la nouvelle est ici magnifiquement maîtrisé par cette jeune autrice. Attachants et incarnés sont les personnages et chaque histoire tient en équilibre sur elle-même, dans une ronde narrative parfaite, comme toute bonne nouvelle. Chapeau bas !

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L’anarchiste qui s’appelait comme moi

Un jour de désœuvrement, Pablo Martín Sánchez tape son nom dans un moteur de recherche. Par le plus grand des hasards, il se découvre un homonyme au passé héroïque : un anarchiste, condamné à mort en 1924. Férocement intrigué, il se pique au jeu de l’investigation et cherche à savoir qui était… Pablo Martín Sánchez le révolutionnaire. Happé, l’auteur se fond dans cette destinée tourbillonnante et picaresque, alternant le récit d’une épopée révolutionnaire dans le Paris des années 1920 où les faubourgs de Belleville abritent d’ardents imprimeurs typographes, et celui d’une jeunesse aventureuse en Espagne jusqu’à les faire converger en un dénouement… tragique.

Coup de cœur : quel grand livre ! Toutes les qualités d’une histoire riche en personnages et en rebondissements, ancrée dans l’histoire, documentée en laissant la part belle à la fiction. Il faut un talent de conteur hors pair pour nous tenir en haleine tout au long d’un récit de cette ampleur. Que vous soyez anarchiste, révolutionnaire, typographe, instituteur, espagnol, amateur d’histoires d’amour ou simple lecteur (énumération non exhaustive !) vous serez comblé par ce livre. Dans un style clair et précis, plein d’humanité, l’auteur à mon sens fait la synthèse entre Alexandre Dumas et Leonardo Padura ! Brillant !

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La déesse et le marchand

A la demande d’une connaissance, Deen accepte sans enthousiasme de s’intéresser à un personnage folklorique méconnu et de visiter un temple perdu dans une mangrove indienne. Lui qui a plutôt le profil du rat de bibliothèque s’improvise alors baroudeur, loin d’imaginer que cette excursion n’est que le début d’une folle équipée. Lancé sur les traces de cette légende, il voit sa vie bouleversée par d’effarantes péripéties et d’étranges coïncidences.
Au point qu’il se met à douter – de lui-même, et de sa lecture du monde.

Coup de cœur : quel plaisir une fois de plus de suivre un conteur tel que Amitav Gosh. Les tribulations de son héros ne sont pas que des aventures. Matière à réflexion, questionnements intimes, part du hasard et du fantastique, destinée et errements humains . C’est toujours une balade instructive et enchanteresse, en des contrées lointaines. Tout quitter et s’embarquer avec la déesse et le marchand.

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Retour à Martha’s Vineyard

Été 1971 : Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac de la côte Est, diplôme en poche, passent un dernier week-end ensemble à Martha’s Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, la quatrième mousquetaire, l’amie dont ils sont tous les trois fous amoureux.
Septembre 2015. Lincoln s’apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l’île. A bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le « beau gosse » devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d’angoisse, et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley.
Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après leur week-end de 1971. Qu’est-il advenu d’elle ? Qui était-elle réellement ? Lequel d’entre eux avait sa préférence ? Les trois sexagénaires rouvrent l’enquête qui n’avait pas abouti et ne peuvent s’empêcher de se demander si tout n’était pas joué d’avance.

Coup de cœur : j’adore retrouver Richard Russo et je ne suis jamais déçue. Sa prose limpide, ses personnages attachants, un peu paumés et pleins d’autodérision, sa nostalgie à peine teintée d’ironie. Et quel humour ! À la croisée de John Irving et de Jean-Paul Dubois. Comme ce dernier il a le don de décrire des moment tristes avec une élégance et un humour irrésistibles.

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